troubadours1

Avant-propos 

En souvenir de mes lectures adolescentes, j'ai emprunté à l'un des poètes de notre temps, André Gide, le prénom de Nathanaël. C'est ainsi que j'ai appelé celui qui lira ces lettres.
C'est une incantation de Gide plusieurs fois répétée dans Les nourritures terrestres et rythmant son texte poétique :
" Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur ", qui m'a incitée à choisir ce prénom.
Mais le mot de ferveur a, lui aussi, son importance. Gide franchit un premier pas, en séparant la ferveur de son contexte religieux : il l'évoque à propos de la beauté, la beauté des paysages.
J'en ai franchi un second : dans le champ de la psychanalyse, la ferveur est un affect, comme l'amour et la haine.
Cette ferveur n'a pas été explorée en tant que telle, pourtant son approche pourrait se révéler fructueuse, comme ses racines étymologiques le laissent présager. Elles redonnent à ce terme un peu tombé en désuétude toute sa force d'évocation. Au siècle des troubadours, il a été emprunté au latin et vient du mot fervor qui veut dire bouillonnement, chaleur, ardeur.
Les analystes pourraient donner une nouvelle portée à cette ferveur, pour qualifier l'émerveillement des analysants ou des curieux de la psychanalyse devant les découvertes toujours inattendues de l'inconscient.
Mais cette ferveur, sœur de l'ignorance, en tant qu'attente de savoir, a également sa fonction dans la transmission de la psychanalyse. Elle permet à chaque analyste de remettre sans cesse en question la théorie analytique, en fonction de ce qu'il découvre de son propre savoir inconscient, de ce que lui racontent ses analysants, au travers de leurs symptômes et de leurs rêves, et de ce qu'il déchiffre des élaborations théoriques d'autres analystes avec lesquels il travaille en cartel.

En référence à la gaie science des poètes, je souhaiterais pouvoir partager, avec chaque lecteur de ce livre, cette ferveur de la psychanalyse qui, seule, lui permet de survivre.