Liliane Fainsilber, Lettres à Nathanaël, L’Harmattan, 2005.
«Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur » C’est ce vers des Nourritures Terrestres d’André Gide qui incita Liliane Fainsilber à choisir ce prénom, signifiant du lecteur, lui permettant ainsi d’entamer son invitation à la psychanalyse dans une adresse à l’autre. C’est à travers les 37 lettres de son livre paru chez l’Harmattan, en 2005, qu’une découverte pédagogique de la psychanalyse s’étaye autour de thèmes très divers. Telle une énumération oscillant entre réflexion sur le cadre analytique et relecture des textes de Freud et de Lacan, ces lettres traitent aussi bien de la séance courte et du désir du psychanalyste, que du noeud borroméen et de la scène primitive. Rares sont celles dont les propos ne sont pas illustrés d’un conte, d’une histoire, d’une expérience analytique de Freud ou propre à l’auteur, qui nous fait partager ainsi son vécu d’analysante de Lacan. C’est donc par le biais du mythe qu’elle répond aux impossibles que pose d’emblée une introduction à la psychanalyse. C’est par le drame des Atrides, généalogie marquée d’infanticides et de cannibalisme, aboutissant au parricide d’Oreste, que l’auteur explique la nécessité du paiement dans l’analyse. Tout comme Oreste s’est acquitté de sa dette en acceptant la responsabilité de son crime devant le tribunal d’Athéna, l’analysant doit payer le prix pour que la faute première du désir de meurtre du père soit mis à jour. L’autre question que se pose l’auteur est celle de la transmission de la psychanalyse, illustrée par la passe ratée de Lacan. Serait-ce parce que chaque névrose, structurée autour de la rencontre avec le désir de l’Autre est singulière et non généralisable que cette transmission s’avère impossible? En tout cas cela incite chaque psychanalyste à la réinvention de la méthode pour que celle-ci perdure. Du noeud borroméen, Liliane Fainsilber, ne s’attache pas à expliquer tout ce qui peut le soustendre, ni à définir les trois registres qui le composent, le Réel, l’Imaginaire, le Symbolique. Sa volonté est d’en rappeler le fondement et la prétention principale que lui en donne Jacques Lacan : il rend compte et ne peut « aller plus loin de là où il sort, à savoir de l’expérience analytique ». C’est donc dans une intrication constante entre théorie et clinique que l’auteur relève la nécessité de ne pas isoler ces deux versants de la psychanalyse, puisqu’ils sont liés par la même méthodologie: l’approche subjective dont ils font l’objet. La quantité et la diversité des thèmes abordés dans ces lettres, dans un souci quasi compilatoire, rend impossible et dépourvue de réel intérêt l’énumération exhaustive des contenus. C’est plus encore dans la forme que dans le fond que Liliane Fainsilber semble en dire le plus sur son invitation à la psychanalyse.
Il s’agirait donc de se pencher de plus près sur cette adresse à l’autre en forme de lettre. Au fil des lettres de ce livre on peut se demander ce que signifie cette incessante adresse à Nathanaël, et donc ce qui se cache vraiment derrière ce signifiant qui semble représenter plus que le lecteur: l’auteur allant jusqu’à faire un rêve adressé à Nathanaël. Si l’on peut imaginer un au-delà dans l’identité de Nathanaël, on peut également entrevoir dans l’utilisation de la lettre comme contenant du texte, le concept que Lacan place derrière ce mot. Cet énoncé, pris dans la forme de la lettre, retrace à chacune d’elles la marque du trait unaire et insiste ainsi sur la place de l’être en tant que sujet dans la psychanalyse. C’est donc dans le fond et la forme qu’elle nous raconte comment la transmission et l’enseignement de la psychanalyse se fait moins par ce petit autre de l’altérité que par ce grand Autre, qui nous fait sujet unique et désirant, porteur de la ferveur. Ainsi cet énoncé troué, sans réel enchaînement logique, serait une trame entrecoupée où l’énoncé laisse la place au sujet de poser, entre chacune des lettres, sa propre énonciation.

Clémence Bidaud